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Chevaline nuit et brouillard sur l'enquête ? (2012-09-11 18:25:10) Laurent, artisan-maçon, est peut-être la dernière personne à avoir vu les al-Hilli vivants. Il travaillait sur «le dernier chalet avant le début de la route forestière de Chevaline», selon le journaliste de RTL qui a recueilli son témoignage exclusif. Il a vu passer le break BMW de couleur violette vers 15 heures. L'homme au volant lui a fait «signe de la tête». «Un bonjour ou un merci parce qu'on travaille au bord de la route et qu'on est obligé de se pousser quand une voiture passe», raconte-t-il. «Ils n'avaient pas l'air stressés ; pour moi, c'était des touristes qui se baladaient», ajoute-t-il, précisant qu'aucun véhicule, 4 × 4 ou moto, ne suivait la famille. «On l'aurait vu», assure-t-il.
Le cycliste qui est arrivé sur la scène du crime le premier, retraité de la Royal Air Force, n'a pas alerté les secours lui-même. C'est un randonneur savoyard de 41 ans, Philippe, dont Le Parisien vient de révéler l'existence, qui a passé le premier coup de fil aux pompiers, peu avant 16 heures. Il montait la route forestière en voiture avec deux amies quand il a vu surgir le militaire affolé. «Cet homme, paniqué, était en train de redescendre la route», raconte-t-il au Parisien. «Il m'a expliqué difficilement, dans un mauvais français, qu'il y avait eu un drame un peu plus haut. Il cherchait à prévenir les secours. Je n'ai pas compris s'il n'avait pas de téléphone portable ou s'il ne parvenait pas à capter le réseau à cet endroit.»
Après avoir tenté de communiquer sans succès avec la petite Zainab, 7 ans, grièvement blessée, Philippe est redescendu de quelques mètres pour prévenir les secours. Auparavant, sur la route, Philippe n'avait «rien entendu et croisé personne, ni voiture, ni moto». Le ou les auteurs de la tuerie pourraient toutefois avoir «pris la fuite par la route dite du Moulin», un petit chemin qui mène à la nationale, selon lui.
Depuis lundi en fin d'après-midi, le parking en terre battue qui a été le théâtre de la tuerie a été bouclé à nouveau par un périmètre de sécurité afin que les gendarmes de la section de recherches de Chambéry approfondissent leurs investigations. «Il ne s'agit plus de retrouver des traces et des indices car la scène de crime a été définitivement polluée par les journalistes et des gens qui ont fait du tourisme macabre, prévient un officier. Les enquêteurs reviennent sur place pour notamment tenter d'imaginer avec le plus de précision les possibles scénarios de la tuerie.»
Relevant les moindres détails de la topologie et des axes de fuites imaginables, les enquêteurs simulent la scène en grandeur réelle, confrontant leurs hypothèses de travail aux empreintes relevées sur place, mais aussi aux nombreux indices, notamment balistiques, prélevés par les limiers de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie (IRCGN). Au dernier stade de l'enquête, les gendarmes essayaient de valider la piste d'un seul tireur armé d'un pistolet automatique de calibre 7.65 , qui aurait tiré à vingt-cinq reprises, faisant quatre morts et un blessé grave.
En théorie, les militaires peuvent aussi estimer dans quels délais la tuerie a pu être commise, le degré de sophistication de ce qui ressemble fort à un guet-apens. Ou encore si Saad al-Hilli, le père de la famille décimée, aurait pu avoir le temps matériel de se dégager de la nasse. «Dans ce genre de circonstances, nous pouvons au besoin utiliser toutes sortes de véhicules et même utiliser des plastrons simulant les victimes», précise une source proche du dossier. Les forces de l'ordre ont par ailleurs bloqué la route forestière sur une distance de plus de trois kilomètres en aval afin de chronométrer divers «temps de trajets», sachant qu'un véhicule 4 × 4 sombre a été aperçu filant à vive allure en descente par le cycliste de la Royal Air Force, peu avant que ce dernier ne découvre la scène de crime. Ce véhicule, qui fait l'objet d'un signalement diffusé aussi en Suisse et en Italie, n'a toujours pas été retrouvé.